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Level 1 Poems:

Le Corbeau et le Renard 
Jean de la Fontaine

(audio file)

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage:
“Hé! bonjour, Monsieur du Corbeau,
Que vous êtes joli! que vous me semblez beau!
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois.”
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit: “Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute:
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.”
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.
La Fontaine

Vocabulary
alléché = attiré
ramage = chant
phénix = oiseau fabuleux
dépens = frais
confus = fâché


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L’automne…
Claire Genoux (1971-)

L’automne…

L’automne est tellement fleuri de feuilles
qu’il est pareil à un second printemps
il fait luire en grappe noix et châtaignes
sous la lune d’équinoxe
s’invente des pétales
des couleurs confuses qui s’effritent entre les doigts
fait pousser des nuits sans aube
au pied de ses troncs

épuisé d’avoir mis tant d’espoir
dans ses feuilles froides
il se pendra bientôt aux cordes du vent

 



Level 2 Poems:

Le Pont Mirabeau

Écrit en 1912 au moment de sa séparation d’avec Marie Laurencin. le pont Mirabeau, à l’ouest de Paris, mène à Auteuil et au Bois de Boulogne. C’est un des poèmes d’amour les plus connus d’Apollinaire, d’une simplicité trompeuse. Son thème favori, l’écoulement du temps, est assimilé ici de vers en vers à l’amour enfui, à l’eau du fleuve. Il utilise le refrain, les répétitions (v. 13, 14; 1, 22), et les rythmes très marqués (v. 5, 19), en contraste avec les vers fluides comme l’eau. La même rime ou assonance est utilisée pour les trois vers de chaque strophe, dont le second est divisé en deux, en 4-6 pieds, pour former, dans une coupe originale, un quatrain fantaisiste; les syllabes longues et douces sont abondantes, et tout ceci contribue à l’extrême musicalité du poème.

Bégué, L. Choix de poésies. New York: Holt, Rinehart and Winston, 1962. p. 174.

(audio file)

 

Le Pont Mirabeau
Guillaume Apollinaire

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure


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Mystère étrange de l’amour !
Philippe Ernest Godet – poète, auteur dramatique et critique littéraire suisse (1850 – 1922)

Mystère étrange de l’amour !
J’aime deux belles en ce monde :
L’une est vive, rieuse et blonde
Comme le jour ;

L’autre est triste, rêveuse et brune
Comme le soir,
Et près d’elle, j’aime à m’asseoir
Au clair de lune.

Et s’il me fallait dire un jour
Laquelle des deux je préfère,
Mon coeur vous répondrait : Mystère…
Mystère étrange de l’amour !

D’un sourire joyeux la blonde
M’a cent et cent fois enchanté ;
D’une pétillante clarté
Son oeil m’inonde ;

La brune, d’un regard voilé,
Profond et tendre,
M’accueille, et mon coeur est troublé
De lui parler et de l’entendre.

L’une, la blonde est la Gaité;
Pas d’instant qu’elle ne sourie.
L’Autre plus classe en sa beauté
….La Rêverie!

Et s’il me fallait dire un jour
Laquelle des deux je préfère,
Mon coeur vous répondrait : Mystère…
Mystère étrange de l’amour !

 



Level 3 Poems:

Mon rêve familier
Paul Verlaine

Published in 1866, Mon rêve familier is a regular sonnet. Although one of the early poems of Verlaine, it already contains his typically sinuous phrasing and images that conjure up a far-off, barely visible ideal. The dream of love is real, like the consolation that the woman brings, but she is unknown, never the same, indescribable. What alone can be told is the tender melancholy of her name, the statuesque immobiliy of her eyes, and the faint calm tone of her voice that recalls the voices of loved ones who are now dead.

Lawler, J. An anthology of French Poetry. New York: Oxford University Press. 1961. p. 89.

(audio file)

 

Mon rêve familier
Paul Verlaine

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
Pour elle seule, hélas ! Cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? — Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.


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Mon Jura
Virgile Rossel (Tramelan, Jura, Bernois), 1858

Si mon petit pays, qui se cache dans l’herbe,
N’a point de fier sommet, ni de ville superbe,
Si parfois on en parle avec un air moqueur,
Moi, je l’aime et le vois par les yeux de mon cœur.

Son souvenir m’est doux comme le chant des sources ;
Il a pour les songeurs de charmantes ressources :
Ces asiles de paix que les sapins lui font,
Au bord d’étroits sentiers coupant le bois profond.

Au creux de ses wallons, au cœur de ses villages,
Le babil des oiseaux nichés dans les feuillages
Se mêle aux bruits des champs, aux bruits de l’atelier ;
Il est fait pour rêver comme pour travailler.

Si les Jurassiens sont gens simples et frustrés,
Il ont le serrement loyal des mains robustes,
Ils ont le franc regard de leurs yeux bien ouverts,
Ils ont le fond joyeux de leurs horizons verts.

Oui, tout est sain chez nous, le cœur comme le reste,
Tu n’as rien dépouillé de ta candeur agreste ;
Malgré tout ce qui change et ce qui passera,
Tu seras, ô pays, toujours, mon vieux Jura.

Ne soyez pas surpris, en écoutant ces choses,
En songeant que là-bas, j’ai coulé mes jours roses,
Ne soyez pas surprise que j’aime sans retour
Ma petite patrie avec mon grand amour.